NEWSLETTER - AOUT 2103
LE SYNDROME DE LA TRAVERSEE THORACO BRACIALE

De : Gilles BARETTE. Kinésithérapeute. Cadre de santé. Directeur de l'ITMP

Introduction

Ce syndrome se situe au carrefour des zones rachidienne et scapulaire. Son diagnostic est rendu difficile par des signes proches retrouvés dans d'autres atteintes loco-régionales comme la NCB ou le syndrome du canal carpien. Son diagnostic et son traitement doivent être spécifiques. Longtemps présentée comme la pathologie de la femme post ménopausique, il est aujourd'hui identifié soit comme une conséquence de postes de travail inadaptés, soit comme le résultat d'un déséquilibre musculaire de la zone cervico-scapulo-thoracique chez le sportif. Le diagnostic est d'abord d'exclusion, pour éliminer une pathologie structurelle locale (tumeur), puis différentiel afin de pouvoir orienter le traitement. Nous aborderons uniquement les STTB fonctionnels, qui répondent bien à la kinésithérapie. La difficulté rencontrée en pratique le plus souvent est la différentiation avec une atteinte discale et articulaire des étages cervicaux.

Les zones anatomiques exposées à ce syndrome sont le défilé costo-scalénique compris entre les scalènes antérieur et moyen et contenant l'artère sub-clavière, le canal costo-claviculaire limité en avant par la clavicule et le muscle sous-clavier et en arrière par la première côte. Cette zone est le lieu de passage de nombreux vaisseaux comme l'artère et la veine sub-clavières et les troncs lymphatiques thoraco-brachiaux. Les deux éléments suivants sont le tunnel sous pectoral, limité en arrière par la paroi postérieur de la fosse axillaire avec en haut, le muscle subscapulaire et les extrémités latérales des muscles grand rond et grand dorsal, et en avant par le muscle petit pectoral dont l'aspect fibreux et épais peut former un arceau autour du paquet vasculo-nerveux ou présenté un rebord rectiligne agressif pour les vaisseaux ainsi que le billot huméral, véritable zone de cisaillement de l'artère axillaire lors des mouvements d'abduction. Poitevin décrit deux zones supplémentaires que sont le système suspenseur de la plèvre et le ligament coraco-claviculaire médial mais d'une approche moins facile en kinésithérapie.

Le diagnostic kinésithérapique après avoir éliminé les causes anatomiques va réaliser ensuite un bilan différentiel de la zone en s'appuyant sur une batterie de tests qui comprend le test de Spurling direct, étagé et modifié, permettant de mettre en évidence une origine cervicale discale ou arthrosique. Ce premier bilan est croisé avec un bilan vasculaire reposant sur les manœuvres classiques d'Adson, d'Allen ou du Chandelier modifiées afin de faire entrer en jeu les éléments musculaires cités plus haut. La modification du pouls artériel radial tant sur le plan rythme qu'amplitude, nous oriente vers une origine vasculaire. Nous utilisons enfin les tests neuro-méningés qui aujourd'hui nous permettent d'affirmer l'origine discale, arthrosique cervicale ou neuro-vasculaire typique du syndrome.

Le lecteur l'aura compris, c'est la concordance des différents bilans qui va permettre de poser un bilan diagnostic précis. Ce bilan est complété par une approche tissulaire de la région, reposant sur la recherche d'une perte de mobilité tissulaire soit musculo-aponévrotique, soit articulaire. Il reprend ce que nous avons défini ailleurs, c'est à dire un bilan local, régional ou à distance.

Néanmoins certains patients nous font l'honneur de présenter les deux atteintes.
Le diagnostic posé, le traitement va se faire en trois temps. Un temps de libération qui va rechercher à redonner une liberté de mobilité des différents tissus évoqués au dessus. C'est une phase souvent longue du fait de l'ancienneté de la dysfonction. Un temps de maintien qui a pour but de rééquilibrer la musculature loco-régionale. Le dernier temps est le temps d'entretien. L'approche ergonomique tant du poste de travail souvent inadapté que du geste sportif doit permettre d'améliorer durablement le patient et d'éviter toute récidive.

En conclusion, le STTB est une atteinte dont la fréquence est en augmentation constante, souvent d'origine professionnelle ou à un geste sportif à corriger.

La riche dichotomie existant entre les muscles scapulaires et cervicaux doit intéresser au plus haut point le spécialiste de l'épaule qui se trouve confronter à ce type de pathologie dans sa consultation quotidienne.

BIBILIOGRAPHIE

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